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Les Merveilles du Monde ou Les Secrets de l'histoire naturelle

Publié le jeudi 04 janvier 2018

Médie, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850

Médie, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850
Médie, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850

Mélos, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850. © Ville d'Angers.

Mélos, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850. © Ville d'Angers.
Mélos, peint par le Maître de Marguerite d'Orléans. Angers, bibl. mun., rés. ms. 2850. © Ville d'Angers.

Saint Julien de Brioude. Heures de Jean de Calabre. © Ville d'Angers.

Saint Julien de Brioude. Heures de Jean de Calabre. © Ville d'Angers.
Saint Julien de Brioude. Heures de Jean de Calabre. © Ville d'Angers.

Venez découvrir les deux feuillets enluminés acquis par la Bibliothèque avec l'aide d'Angers Musées Vivants. Ils sont présentés à la médiathèque Toussaint en guise de remerciements à l'association, mécène régulier de la Bibliothèque.

Exposition du 21 décembre 2017 au 3 février 2018

Depuis 2013, la Bibliothèque municipale d'Angers a enrichi ses collections de neuf pièces contemporaines du roi René (1434-1480), réalisées en Anjou ou à destination d'Angevins. Outre un livre d'heures, un bréviaire et un incunable, six feuillets survivants de manuscrits malheureusement dépecés ont rejoint les fonds patrimoniaux. Pour ne pas encourager les pratiques spéculatives de démembrement des livres médiévaux, acquérir des fragments découpés est peu ordinaire en bibliothèque publique. Aussi est-ce plus souvent par des legs ou dons de collections privées que ces œuvres intègrent les collections publiques. Les bibliothèques n'interviennent sur le marché qu'avec la certitude que le dépeçage est ancien et qu'il s'agit désormais de sauver une œuvre, dans l'espoir d'éviter sa complète disparition ou de favoriser sa restauration. Tous les récents achats ont par ailleurs bénéficié de l'indispensable soutien du Fonds régional d'acquisition des bibliothèques des Pays-de-la-Loire (FRAB).

Un dictionnaire géographique des merveilles du monde

Les deux miniatures de Mélos (ou Milos, Milo) et Médie, acquises avec l'aide d'Angers Musées Vivants proviennent de la collection de l'antiquaire, collectionneur et historien de l'art Jacques Bacri (1911-1965). Inédites, elles sont apparues sur le marché de l'art lors de la dispersion de cette ancienne collection par Sotheby's à Paris le 30 mars 2017.

Il s'agit de deux peintures des Merveilles du Monde ou Secrets de l'histoire naturelle, une sorte de dictionnaire alphabétique de géographie présentant cinquante-six pays, peuples ou provinces du monde, d'"Affricque" à "Ululande". Chaque article est orné d'une miniature. L'ouvrage a été composé en français probablement dans le premier quart du XVe siècle.

L'auteur, resté anonyme, compile divers récits antiques, souvent mythologiques. Les auteurs médiévaux lui sont de peu d'usage. S'il cite Odoric de Pordenone (1286-1331), un missionnaire franciscain parti jusqu'en Inde, à Bornéo et Java, les autres témoins récents de voyages en Orient lui sont inconnus. L'auteur néglige les démentis apportés à nombre des légendes qu'il véhicule. Son intention est surtout d'édifier son lecteur afin que, par la connaissance des merveilles accomplies par Dieu sur terre, il tourne son âme vers son créateur.

 

Découverte d'un nouvel exemplaire

Avant l'apparition des deux fragments désormais angevins, seuls quatre exemplaires manuscrits de ce livre étaient connus.

1. Le plus ancien a été copié pour un certain Maître Renaud, marchand de Bourges en 1428, possible fournisseur de la cour du " roi de Bourges ", Charles VII. Il a été enluminé par le Maître de Marguerite d'Orléans (Paris, BnF, fr. 1377-1379).

2 & 3. Deux autres exemplaires ont été réalisés vers 1460 en Anjou, par le Maître du Boccace de Genève, peintre qui a longuement travaillé pour le roi René ; l'un a appartenu à la famille d'Anjou (New-York, Pierpont Morgan Library, ms. M. 461), l'autre est encore en mains privées. Le Maître du Boccace de Genève reproduit assez fidèlement dans ces deux livres les compositions du Maître de Marguerite d'Orléans.

4. Un quatrième volume copié sans doute pour Charles, comte d'Angoulême, dans les années 1480, reçut du peintre Robinet Testard un cycle iconographique très renouvelé.

Ces quatre exemplaires conservent encore les miniatures qui figurent sur les deux fragments aujourd'hui à Angers. Ceux-ci font donc découvrir l'existence d'un cinquième exemplaire perdu. Dans l'ordre chronologique, ce livre démembré devait être le second. Il a dû être peint entre 1430 et 1450.

Ces peintures, attribuées à l'atelier angevin du Maître de Jouvenel lors de la vente de mars 2017, sont du même peintre que celui du premier manuscrit, le Maître de Marguerite d'Orléans. Elles sont un quasi décalque des compositions du premier exemplaire mais dans une technique moins graphique et plus colorée. Le Maître de Marguerite d'Orléans déploie avec verve un style très narratif.

Mélos (ou Milos, Milo) et Médie

Mélos "est de toutes les autres ysles de la mer, la plus ronde, (...) est moult fertille et plantureuse et habondant en tous biens (...) et moult bien peuplée". Pour évoquer cette prospérité, le peintre campe plusieurs places fortes tandis que deux groupes d'hommes déambulent en devisant paisiblement par les chemins, vignes et champs de blé.

Le tableau de la Médie, près de la Perse, fourmille de détails expressifs. On y voit un "arbre qui est moult merveilleux et est tout couvert de espines pointues et si porte une pomme qui est meilleur et plus odorant que nulle autre pomme, et a ceste pomme grant vertu contre tout venin. (...) En tout temps, il est touzjours chargié de pommes. Quant on a osté une pomme de dessus, tantost il en revient une autre ". Le fruit de cet arbre est, selon Pline, excellent pour avoir bonne haleine. L'auteur et le peintre abordent ensuite " certaines grans cavernes " creusées en longues galeries de huit lieues de long sur cinq pieds de large. Les hommes y passent confortablement l'hiver, mais les fuient l'été en raison des serpents et bêtes venimeuses qui s'y trouvent. Paraît ensuite la montagne de Cassius en Médie Séleucie, si haute qu'en son sommet, la nuit n'y dure jamais plus de quatre heures, car on y perçoit très loin le jour qu'il fait en d'autres contrées. La suite de l'article vante les qualités des pierres précieuses de Médie.

Le navire qui part au large évoque la sagada, pierre "tres joieusement verdoiant" qui remonte naturellement des fonds marins et ne peut se récolter que sur les coques des nefs. Il n'est pas jusqu'à la glossapetra qui est représentée; cette pierre en forme de langue d'homme, tombe du ciel à la fin de chaque cycle lunaire. Selon les magiciens, les lunatiques doivent éviter son contact au risque de raviver "leurs maladies et passions colliques".

Le Maître de Marguerite d'Orléans

Le parcours du Maître de Marguerite d'Orléans reconstitué par Eberhard König reste complexe. Il pourrait avoir reçu ses premières commandes à la cour du jeune Charles VII à Bourges. Il dut exercer un temps à Rennes où il réalise vers 1430 son chef-d'œuvre que sont les Heures de la duchesse de Bretagne Marguerite d'Orléans (Paris, Bnf, lat. 1156 B). Un séjour à Poitiers vers 1440-1450 semble également prouvé. Mais l'influence profonde de certains manuscrits présents à Angers dès les années 1420 atteste ses liens précoces avec l'Anjou, liens qui se renouvelèrent visiblement à la fin de sa carrière. Les deux feuillets acquis par Angers dont le dessin est encore fidèlement repris dans l'exemplaire peint aux armes d'Anjou, offrent de nouveaux et stimulants jalons pour reconstituer la carrière et le succès de cet artiste.

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