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Billet du jour

4/ le suicide de l'occident

Publié le lundi 17 octobre 2011

ἀποκάλυψις (4)

en 2012 c'est la fin du monde je crois en décembre quelque chose juste avant noël il y a un calendrier maya ou inca ou toltèque qui l'annonce pour le 12 décembre ou le 21 décembre ce quelque chose qui sera dû à une inversion du champ magnétique de la terre ou à un alignement de planètes très particulier dans à peine un peu plus d'un an donc ça laisse beaucoup de temps ou très peu c'est selon ça en laisse beaucoup et très peu pour changer quoi  à moins d'un litre par jour c'est-à-dire à moins d'une dose de tranquillisants ou d'une dose d'anxiolytiques ou d'une dose de tout ce qui est autorisé ou de ce qui n'est pas autorisé à moins de ce litre par jour de cette camisole chimique à partir d'un certain âge c'est-à-dire à partir de quel âge ça devient insupportable de regarder d'entendre à partir de quel âge ça devient lamentable ce qu'on voit ce qu'on entend ça devient à partir de quel moment (nel mezzo del camin) à partir de quand (lasciate ogne speranza voi ch'intrate) ça devient insupportable à partir de / si vous vivez dans un pays pauvre et que vous êtes pauvre vous êtes plus pauvre que si vous vivez dans un pays pauvre et que vous êtes riche bien sûr mais êtes-vous plus pauvre que si vous vivez dans un pays riche et que vous êtes pauvre dans ce pays riche est-ce que la pauvreté dans un pays riche est plus grande que dans un pays pauvre bien sûr si vous êtes riche dans un pays riche alors tout va bien par exemple si vous êtes riche dans un pays riche et que vous avez un problème de rein vous pouvez acheter le rein de quelqu'un de pauvre qui vit dans un pays pauvre et le vend ou celui de quelqu'un de pauvre qui vit dans un pays riche cela se vend de plus en plus c'est la loi de l'offre et de la demande à partir du moment où tout cela se fait dans la plus grande transparence il n'y a rien à dire sinon qu'il vaut mieux être riche dans un pays riche que pauvre dans un pays pauvre où après avoir vendu son rein on ne peut pas vendre l'autre mais un oeil ou autre chose qui soit double et superflu bien sûr c'est-à-dire pas absolument nécessaire à la survie du pauvre qui vit dans un pays pauvre et peut servir de fournisseur d'organes à celui qui est riche et qui vit dans un pays riche mais pas à celui qui est pauvre et qui vit dans un pays riche et qui lui-même vend ce qu'il a c'est-à-dire ce qu'il est à celui qui est riche et vieux dans un pays vieux et riche / voilà. elle entre dans la cour. il fait beau. elle s'est maquillée. elle porte un tailleur strict. un tailleur qui lui donne l'impression d'être une femme adulte. désirable. c'est un tailleur de femme autonome a-t-elle pensé en l'achetant il y a deux ans, exactement il y a deux ans, dans la rue piétonne du coeur de ville elle s'en souvient très bien, il était cher mais en soldes. c'était une folie quand même. strict, mais féminin. quelque chose façon Chanel mais pas Chanel évidemment, indémodable a-t-elle pensé en l'achetant. élégant a-t-elle pensé le matin même en le retirant de la penderie. au fond je ne l'aurai porté qu'une fois s'est-elle dit le matin même en le retirant de la penderie. au mariage de Florence s'est-elle rappelé en se souvenant surtout qu'elle s'était sentie endimanchée à ce mariage et mal à l'aise. guindée. indésirable avait-elle pensé tout le long de ce mariage. elle a souri dedans, in petto, tristement, en le déposant sur son lit. fièrement. avec quelque chose de l'ordre du défi. avant de prendre sa douche. ce matin. elle aurait chaud a-t-elle pensé en se séchant et en regardant par la fenêtre et en entendant les prévisions météo sur France Info. un été indien en plein octobre. et un tailleur de laine. un chemisier en soie ou plutôt façon soie en acrylique mais qui imite si bien la soie, et beaucoup plus facile à nettoyer. voilà. elle s'est maquillée. elle a pris la boîte d'allumettes posée près de la gazinière. elle est partie de chez elle avec sa valise à roulettes. cela a fait du bruit sur le trottoir parce qu'une des roulettes est voilée, la faire réparer a-t-elle pensé fugacement depuis le temps qu'elle pense à la faire réparer et jamais le temps parce que c'est le genre de choses auxquelles on pense à chaque trajet mais en sachant que le lendemain encore on aura besoin de cette valise et que tant pis puisque réparer les choses devient plus cher que d'acheter de nouvelles choses se dit-elle encore. le poids de la valise est différent ce matin se dit-elle encore. ne pas réfléchir à plus tard mais juste à la succession de ses pas. à partir du moment où elle a fermé sa porte à clé, machinalement, elle s'astreint à ne penser qu'à la succession de ses pas. l'un après l'autre. à compter les bandes blanches des passages cloutés. à respecter les feux piétonniers. j'attends. j'y vais. jusqu'au portail. jusqu'au moment où il est encore possible de ne pas. chaque pas est une possibilité de ne pas. chaque pas mène en même temps à ça. elle entre dans la cour. (...) elle traîne cette valise qui fait du bruit et s'arrête sous le préau. il fait chaud. elle transpire. ce tailleur est décidément importable. ce tailleur était une erreur. ce tailleur est ridicule. elle ouvre sa valise. les élèves ne la regardent pas parce que toujours elle est transparente, en Chanel ou en jean elle n'est pas là dans son corps même si elle a si chaud même si elle sent ce corps elle est la seule à le vivre. elle pourrait hurler d'ailleurs et personne ne se retournerait cela a toujours été le cas se dit-elle elle se dit qu'elle n'est pas visible elle n'a pas de vie elle n'a qu'un déguisement. de la valise elle extrait le bidon d'essence. celui qu'elle garde soigneusement dans sa voiture en cas de panne pour ne pas avoir à marcher si elle tombe en panne. elle dévisse le bouchon du bidon et s'asperge d'essence sous le préau, soigneusement, à partir de la tête, des cheveux, et l'odeur l'inonde l'enlace. elle allume une allumette vers l'extérieur comme elle l'a appris il y a si longtemps se dit-elle alors que les hommes les font crépiter vers eux-mêmes. puis elle approche la flamme de son corps et.

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