L'art de la reliure

Accueil Bibliothèques d'Angers

Menu secondaire

Passer le menu secondaire

Retour au menu secondaire

Contenu principal

Passer le contenu principal

L'art de la reliure

L'art de la reliure à travers les collections de la Bibliothèque municipale

n° 1

Mille ans d’histoire de la reliure peuvent aisément être retracés à travers les collections de la bibliothèque.

Les bibliothèques constituées par les grandes abbayes angevines de Saint-Aubin et de Saint-Serge lors de l’apogée de leurs foyers intellectuels aux XIe et XIIe siècles ont fait l’objet de peu de restaurations au cours des siècles. Rares sont les manuscrits qui, comme la Bible de Saint-Aubin, ont été renforcés d’une nouvelle reliure dans les siècles qui ont suivi leur composition. Aussi, la Bibliothèque d’Angers offre-t-elle une des plus importantes collections françaises de reliures de l’époque romane.

Ces austères reliures de peaux grisâtres sur planches de bois, appelées ais, cèdent la place à des travaux plus soignés à partir du XVe siècle. Plusieurs ouvrages enluminés provenant de bibliothèques des élites laïques de la fin du Moyen Age sont couverts d’un élégant velours ras, bleu, marron ou cramoisi à l’exemple de celui du livre d’heures de Jean Charpentier. D’autres ouvrages reçoivent dès cette époque des couvrures de cuir teint décoré de motifs floraux ou historiés estampé à froid.

Plusieurs pièces témoignent des grandes mutations de l’art de la reliure qui marquent le milieu du XVIe siècle. En rupture avec le luxe des manuscrits à peinture, l’illustration gravée en noir et blanc, non rehaussée de couleur s’impose enfin au milieu du XVIe siècle après presque un siècle de réticence. Les décors prestigieux du livre se transfèrent alors sur la reliure. A la fin des années 1530, l’introduction du maroquin en Europe ainsi qu’une meilleure maîtrise de la teinte et de la dorure permettent de magnifiques créations nouvelles et un renouvellement constant des styles et des motifs dans les siècles suivants. Reliures mosaïquées, à la cire peinte, à la fanfare, à la Duseuil, à l’éventail, armoriées ou à dédicace se comptent en nombre important dans la réserve des fonds précieux. Quelques grands noms de relieurs, comme Nicolas ou Clovis Eve, ont été avancés pour leur attribuer des reliures d’Angers. D’autres comme Padeloup ou Bozérian ont signé leurs œuvres.

Parmi ces reliures de luxe, se distingue une reliure macabre de 1586-1587 (n° 4). De maroquin brun, ses plats et son dos présentent un décor doré de squelettes avec faux et sablier, de semi de larmes, d’os et de crânes, d’un candélabre, de pelles, de torches et de cloches, de cercueils et de croix de procession, de bénitiers et de goupillons. Il s’agit d’une des treize reliures macabres commandées par Henri III pour les membres de la Compagnie des Confrères de la Mort. L’exemplaire d’Angers est un des cinq dorés ; les autres étaient argentés. Il a peut-être appartenu à Nicolas de Thou (1528-1598), évêque de Chartres, premier collectionneur d’une grande famille de bibliophiles.

Une autre belle reliure du dernier tiers du XVIIe siècle à décor de gerbes, bouquets et fleurons dorés, aux traits mêlés de pointillés dans la lignée des œuvres de Florimond Badier, orne une édition de La Chine, illustrée de plusieurs monuments d’Athanase Kircher (Amtersdam, 1670). La tranche est finement ciselée, dorée et peinte de motifs végétaux et d’animaux, un cygne sur la tranche de tête, un perroquet en haut de la gouttière (n° 1 et 2).

Les livres de fêtes sont aussi l’occasion de réaliser de somptueuses reliures. Les mille exemplaires du récit de l’entrée de Louis XV à Strasbourg en 1744 ont tous été reliés sur commande du roi à Antoine-Michel Padeloup (1685-1758) (n° 3). La qualité du cuir et la richesse de la dorure varient selon le destinataire. Cinq « classes » de reliure sont ainsi conçues. L’exemplaire de la Bibliothèque municipale d’Angers est de la deuxième classe, un des vingt-trois à larges bordures de dentelle dorées associant les armes du roi et celles du destinataire, Charles-Louis de Lorraine, gouverneur d’Anjou.

Quelques trains de reliures ordinaires modernes permettent d’identifier et de reconstituer d’anciennes bibliothèques comme celle des franciscains récollets de la Baumette, qui pour éviter le vol de leur précieux Psautier de Mayence offert par le roi René, avaient attaché le livre au mur par une chaînette dont le livre garde encore l’arceau de fixation.

Les évolutions de la reliure contemporaine sont également bien représentées, des cartonnages romantiques ou des cartonnages illustrés de chez Hetzel aux redécouvertes de l’ais de bois dans la bibliophilie contemporaine en passant par les reliures mosaïquées de style Art nouveau puis Art déco des relieurs angevins Charles Girard (1849-1919) et André Bruel (1894-1978) dont la Bibliothèque possède plus de 600 créations.

Légendes des images

n° 1  : Athanase Kircher. La Chine d'Athanase Kirchere, de la Compagnie de Jésus, illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes et de quantité de recherches de la nature et de l'art. Amsterdam, 1670. Détail de la gouttière. Rés. H 532

n° 2 : Athanase Kircher. La Chine d'Athanase Kirchere, de la Compagnie de Jésus, illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes et de quantité de recherches de la nature et de l'art. Amsterdam, 1670.  Rés. H 532

n° 3 : Johann Martin Weiss. Représentation des fêtes données par la ville de Strasbourg pour la convalescence du roi, à l'arrivée et pendant le séjour de S. M. dans cette ville. Paris, 1744. Reliure commandée par Louis XV à Antoine-Michel Padeloup pour Charles-Louis de Lorraine, gouverneur d'Anjou. Rés. H 4618

n° 4 : L’Office de la Vierge Marie. Paris, 1586. Reliure macabre offerte par Henri III à l’évêque de Chartres, Nicolas de Thou. Rés. T 1341

 

n° 2
n° 3
n° 4

Retour au contenu principal

53628